Les ducs de Lorraine


Origines Gérard d'Alsace Hadwige de Namur Thierry le Vaillant Maison de Lorraine


Origines

Sans retracer ici l'histoire de la Lorraine, nous donnerons la parole tout d'abord à l'abbé Tresse, curé de Châtenois, qui écrivait, en 1926 :

 

[...] Aux savants encore d’élucider la généalogie ascendante de Gérard d’Alsace, le plus illustre personnage de notre histoire.
Au XVéme siècle, des chroniqueurs, désireux sans doute de faire la cour au duc régnant, écrivaient que la Maison de Lorraine descendait de Guillaume de Boulogne, frère de Godefroy de Bouillon, et avait par conséquent pour ancêtre Charlemagne et Pépin le Bref. D’autres la faisaient remonter jusqu'à Lother, neveu de Jules César. Cette généalogie était déjà fort respectable, elle ne parut pas toutefois suffisante, et, en 1547, Edmond de Boullay, héraut d’armes de Charles III, donna la « vie et trespas des deux Princes de Paix, le bon duc Antoine et saige duc Francoys premiers de leurs noms, avec le discours des alliances et traictez de mariage en la Maison de Lorraine ».
De Boullay faisait descendre nos ducs du roi Priam et des Troyens (1270 avant J.C.). C’était évidemment exagéré, et lorsque sous le règne de Charles IV, le trésor des Chartes de Lorraine devint accessible, on eut bientôt retrouvé, par les anciens titres, la véritable généalogie de nos ducs.
Les écrits du P. Benoît Picard de Toul (1710), de Dom Calmet, abbé de Senones

(1728), déchirèrent le voile qu’on avait jeté sur l’origine de la Maison de Lorraine, et à partir de ce moment, on n’éleva plus le moindre doute sur l’authenticité de la généalogie établie par ces savants écrivains.
Leurs recherches font remonter jusqu’au VIIéme siècle la filiation de la Maison d’Alsace, et donnent pour ancêtre à Gérard Erchinoald, maire du palais sous Clovis II (656) ; pour bisaïeul Adalbert d’Alsace, qui vivait à la fin du Xéme siècle. Adalbert eut pour fils Gérard qui se maria avec Gisèle, nièce de l’empereur Conrad. Gérard et Gisèle eurent un grand nombre d’enfants, l’aîné était Adalbert, dernier duc bénéficiaire de Lorraine, le second se nommait Gérard comme son père, et fut comte de Metz, et c’est son fils aîné qui fut Gérard d’Alsace, ou Gérard de Châtenoy, que l’on reconnaît à juste titre comme premier duc héréditaire de Lorraine.
Jusqu’alors, en effet, l’empereur de Germanie avait, ou s’était arrogé le droit de nommer les ducs de Lorraine, Gérard fut le dernier ainsi investi par diplôme impérial, 1048. Désormais le duché passera aux héritiers, sans que la France ou l’Allemagne ait à intervenir.
A Gérard, on a donné les noms d’Alsace, ou de Châtenoy et de Flandre, outre les titres de duc de Lorraine et Marchis. Pourquoi ces différentes appellations ? Dom Calmet va nous l’expliquer :
« Le nom d’Alsace marque l’origine de cette famille sortie des anciens comtes d’Alsace. Quelques scavans veulent que nom de Stinac ou de Châtenoi lui vienne de la ville de ce nom, située en ce pays près de la ville de Schélestadt, d’autres croient avec bien plus de vraisemblance qu’il a pris ce nom du bourg de Châtenoi, où il avait son château dont on voit encore les ruines, et où les ducs, ses successeurs, ont quelquefois fait leur demeure. On lui a donné le nom de Flandres à cause de son mariage avec Hadwige de Namur ou de Flandres. La qualité de Marchis (marquis) vient sans doute de ce que ses états étaient situés sur les frontières ou sur les marches des deux grandes monarchies de l’Allemagne et de la France, entre la Meuse et le Rhin ».
Aussi bien les raisons qui avaient engagé Henri III à lui confier le gouvernement de la Lorraine étaient favorables à Gérard. Ce prince, héritier des biens que possédait cette famille puissante, était le seigneur le plus riche et le plus influent de toute la contrée. La Maison d’Alsace possédait, en effet, des domaines immenses, principalement dans la vallée de la Sarre et [dans] les environs de Trêve ; elle avait acquis de plus le pagus segintensis (ou Saintois) en entier, et la vallée supérieure de la Meuse. Le titre de duc ne procura à Gérard ni un plus vaste territoire, ni des revenus plus considérables, mais lui donna l’exercice du pouvoir public, l’appui de l’autorité impériale et le prestige attaché au titre de souverain. Cette transmission du duché de Lorraine dans la famille d’Alsace ne s’opéra pas, du reste, sans protestations et sans résistance. Godefroy, duc de la basse Lorraine, prétendait toujours que la Mosellane lui appartenait ; d’un autre côté, les principaux seigneurs lorrains ne virent pas avec indifférence le titre ducal et la puissance qui en résultait, attribués à une famille que ses propres richesses rendaient déjà bien redoutable.

 

 

D'autres ont travaillé sur la généalogie des ducs de Lorraine, et certain érudit m'a transmis des documents très détaillés, confirmant dans ses grandes lignes la généalogie de Gérard d'Alsace décrite ci-dessus.


Gérard d'Alsace

Notre guide et abbé nous dit ceci, en février 1927 :

 

Gérard d’Alsace épousa Hadwide ou Hadwige, fille d’Albert, comte de Namur. Cette princesse descendait de Charlemagne ; en effet, Charles de France, frère du roi Lothaire, et duc de la basse Lorraine, laissa une fille appelée Ermengarde qui fut la femme d’Albert. Hadwige était donc la petite fille de Charles de France, et c’est ainsi que les ducs de Lorraine avaient les carolingiens pour aïeux.
Outre les domaines qu‘il avait reçus de son père, Gérard possédait, au moment de son avènement, ou acquit plus tard la vouerie des principales abbayes situées dans son duché. Le titre, en apparence modeste et insignifiant de voué, augmenta considérablement son pouvoir, en lui donnant l’administration des biens des grands monastères, et en lui permettant, comme protecteur et défenseur des églises, de surveiller et de réprimer toutes les tentatives que faisaient les seigneurs laïcs pour usurper les domaines ecclésiastiques ou s’immiscer dans le gouvernement intérieur des maisons religieuses. Le duc avait la vouerie de l’abbaye de Bouzonville (diocèse de Metz). Le pape Léon IX lui donna la vouerie de Saint Dié ; Gérard obtint celle de l’abbaye de Saint Epvre de Toul, grâce à l’amitié de l’évêque Udon ; il fut aussi voué de Remiremont, Moyenmoutier, Saint-Mihiel.
Les commencements de l’administration de Gérard furent fort troublés par la guerre que lui fit Godefroy le Barbu. Ce duc, irrité de ce que l’empereur Henri III l’avait dépouillé de son duché de Basse Lorraine pour le donner à Frédéric de Luxembourg, et de ce qu’il l’avait frustré de celui de la Haute Lorraine pour en investir Gérard d’Alsace, fit la guerre à Frédéric et à Gérard. Ce dernier ne fut pas heureux dans cette entreprise : il fut battu et fait prisonnier, et son rival le retint dans les fers une année environ, jusqu'à ce que le pape Léon IX, venu en Lorraine en 1049 s’interposa, obligea Godefroy à poser les armes, à relâcher Gérard, et obtint de l’empereur la grâce du vassal rebelle.
Le duc de Lorraine, plein de reconnaissance pour le saint pontife, l’accompagna dans presque tous ses voyages. Il assista à la translation que ce pape fit du corps de Saint Gérard, évêque de Toul, et à celles des saints Romaric, Amé, Adelphe et Gertrude, que Hugues, archevêque de Besançon fit, par ordre du pape, de leurs cercueils dans des châsses, en l’abbaye de Remiremont.
Environ dix ans plus tard, Gérard eut l’occasion de rendre service à l’église de Toul. En 1067, Rollo, seigneur de Rollainville, se mit à la tête d’une troupe de huit cents aventuriers, et enleva par escalade le château de Vicherey, qui appartenait au Chapitre de Toul. Les chanoines eurent recours à Gérard, et le supplièrent d’assiéger Vicherey, en lui promettant de lui en céder la vouerie. Le duc, qui résidait à Châtenois, se mit aussitôt en campagne avec ses troupes et celles de l’évêché, reprit la forteresse et châtia les brigands qui s’y étaient logés.

 

Enfin, en mars 1927, le prélat castinien conclut, à propos de Gérard d'Alsace :

 

Gérard d’Alsace ne paraît avoir eu à soutenir aucune guerre contre les ennemis extérieurs pendant les vingt deux ans que dura son règne. Mais si Gérard n’eut rien à redouter de ses voisins, il eut tout à craindre des seigneurs lorrains, qui voyaient avec inquiétude et colère s’élever au milieu d’eux une autorité dont ils craignaient de subir plus tard l’ascendant. Le duc de Lorraine, de son côté, n’avait pas les qualités propres à détourner l’orage. D’un caractère entreprenant et inflexible, il prit toutes mesures qu’il jugea convenables pour rétablir la paix dans son duché et affermir sa puissance, et différents seigneurs, dont les prétentions se trouvaient blessées par ses mesures, se lignèrent contre Gérard, et se révoltèrent contre lui. Les chroniqueurs du XIéme siècle ne nous ont conservé aucun renseignement particulier sur ce fait important, on sait seulement que le roi des Romains, Henri IV, dont le duc avait invoqué l’appui, lui envoya un secours de deux milles hommes, et que Gérard réussit à comprimer la rébellion. Mais, malgré leur défaite, les mécontents parvinrent à rendre vains la plupart des projets de Gérard, et quoique ce prince fût, suivant Jean de Bayon, un homme d’un génie vif et qu’il eût fait preuve d’une certaine habileté, il ne fit cependant, ajoute le chroniqueur, rien qui soit digne de mémoire.
Gérard régnait depuis plus de vingt ans, lorsque plusieurs seigneurs lorrains formèrent contre lui une nouvelle ligue. Le duc, qui résidait ordinairement à Châtenois, se rend alors à Remiremont, peut-être pour surveiller de plus près les menées des conjurés. Il y mourut subitement en 1070, et on cru qu’il avait été empoisonné par un émissaire de ses ennemis. Ce soupçon fut confirmé par quelques signes extérieurs qui pouvaient annoncer la présence de poison ; néanmoins, on a tant abusé de ce moyen pour expliquer la mort prématurée des princes, qu’il est sage de ne pas l’admettre légèrement.
Gérard fut enterré dans l’église de Remiremont.

 

Gérard laissait trois fils : Thierry, qui allait lui succéder dans le duché, Gérard, premier comte de Vaudémont, et Bertrice qui fut abbé de Moyenmoutier.


Hadwige de Namur

Sa vie est assez peu détaillée, dans la relation qu'en fait l'abbé Tresse :


Hadwige survécut assez longtemps à son mari. Elle mourut dans son château du Haut-Bourg et fut enterrée dans le cloître du prieuré Saint Pierre qu’elle avait fondé en 1069.
Dans son histoire de Lorraine, imprimée à Nancy en 1745, dom Calmet déclare avoir vu à Châtenois le tombeau d’Hadwige, qu’il décrit ainsi : « Il représente une dame vêtue d’un habit long, fort uni et sans ceinture, ayant par dessus un grand manteau, attaché en devant par un cordon qu’elle tient de la main gauche, ayant le main droite abattue sur la cuisse. On ne voit pas bien quelle était sa coiffure. Ses cheveux ne sont pas longs mais ils paraissent crépus ou frisés et il semble qu’elle avait une couronne par-dessus. Au reste, le tombeau est de pierre fort simple, sous une arcade pratiquée dans le mur de l’église, du côté du cloître, sans écriture, ni inscription, ni armoiries. Je ne sçai d’où le P. Benoît a pris l’épitaphe qu’il rapporte comme étant au tombeau d’Hadwide ».


Voici l’épitaphe :

Toi, Viateur, sçais-tu qu’icy repose
Pose ton pas, et lis cette écriture.
Ha ! ce n’est pas de basse créature
Le corps certes comme le lieu suppose :
C’est Hatvis de Lorraine duchesse
Laquelle pleine de sagesse
Construit ce cloître l’an MLXIX.
Et elle le fit tout de neuf.

 

 

Ci-dessous : le gisant d'Hadwige de Namur, selon Dom Calmet


Thierry le Vaillant

Voici ce que rapporte l'abbé Charles Tresse, au sujet de ce bouillant successeur de Gérard d'Alsace :


Thierry, fils aîné de Gérard d’Alsace, fut le second duc héréditaire de Lorraine. Comme son père, il fit de Châtenois sa résidence habituelle. Il y mourut et fut enterré dans le cloître du prieuré fondé par sa mère. Il appartient donc à l’histoire de notre petite patrie ; c’est pourquoi nous allons résumer sa vie, d’après dom Calmet.
Un historien lorrain du XVéme siècle, Louis d’Haraucourt, évêque de Verdun, raconte qu’il avait vu une copie du testament du duc Gérard, sur laquelle on avait annoté que ce testament n’avait pas été exécuté, parce qu’il confiait à la duchesse Hadwige l’administration provisoire des affaires, quoique Thierry eut alors vingt cinq ans environ. Louis d’Haraucourt ajoute que ce prince refusa d’acquiescer au testament et de laisser l’administration à Hadwige, disant que « onques n’avait besoin de mainbornie, li estant major d’ans lorsqu’avait eu son dix-sept ans, ensuivant l’usaige ». Le fait, s’il est vrai, prouve qu’au Moyen Age, les ducs de Lorraine étaient majeurs à dix-sept ans ; mais il est bien possible que Louis d’Haraucourt ait été induit en erreur dans cette circonstance.
Les premières années du règne de Thierry furent très agitées ; plusieurs seigneurs ne pouvaient se résigner à reconnaître son autorité. En 1073, ils se révoltèrent contre lui, mais ils furent vaincus, et Thierry, obligé de ménager la noblesse et craignant que la rigueur ne fît plus de mal que de bien, les traita avec douceur, et parvint à rétablir al paix pour quelques années.
Mais ses plus cruels soucis lui vinrent de son propre frère Gérard. Celui-ci, d’un caractère ambitieux et emporté, prétendit qu’il n’avait pas reçu une part suffisante dans l’héritage de leur père, et comme le duc Thierry refusait de lui accorder d’avantage, il rassembla une troupe d’aventuriers et commença à ravager les campagnes.
Pour avoir la paix, et sur les conseils de l’empereur, Thierry abandonna à son frère le comté de Saintois (pagus segintensis), pays riche, fertile et renfermant quantité de villages. Gérard, fier d’avoir obtenu une petite principauté, ne ménagea plus rien. Il choisit pour sa résidence Vaudémont, bourg situé à l’une des extrémités de la haute montagne de Sion, et y fit construire une forteresse qui devint célèbre dans l’histoire de la Lorraine.
« Vaudémont, écrit dom Calmet en 1745, est un bourg accompagné d’un château, autrefois très fort et aujourd’hui ruiné. Il n’y reste qu’une très grosse tour quarrée, dont l’angle fut démoli en 1635 par les ordres de Louis XIII. Le mur de cette tour a quinze ou seize pieds d’épaisseur, on l’appelle la tour de Brunehault. Dans les démolitions, on a trouvé un grand nombre de boulets de pierre de différentes grosseurs, depuis trente livres, pesant jusqu'à cinq ou six livres. On en a compté jusqu'à trente en un seul endroit. Sa situation sur une hauteur qui domine tout le pays de Vaudémont rendoit la place presqu’imprenable. Le bourg était aussi fort bien fortifié à l’antique ».
Le comte Gérard ayant obtenu Vaudémont et le Saintois en partage, se regarda bientôt comme souverain indépendant du duc Thierry, son frère, et même de l’empereur. Il commença à piller les villes et les châteaux des seigneurs, et, les terres des riches, sans épargner ni les églises ni les monastères ; enfin ne sachant plus où porter ses armes, il eut l’idée d‘aller guerroyer contre Eudes 1er, duc de Bourgogne.
Il fut vaincu et fait prisonnier avec une partie de ses soldats. Pour le punir de ses brigandages, Eudes le retint captif jusqu’en 1089 ; et ce ne fut qu’en lui versant une forte somme d’argent et en lui cédant Châtel sur Moselle, que le duc Thierry obtint sa délivrance.
Gérard revint à Vaudémont : il était bien changé, l’âge et le long emprisonnement qu’il avait subi lui avaient inspiré la sage résolution de vivre en paix le reste de ses jours. En 1107, il fonda le prieuré de Belval, à une lieue de Châtel, et, le donna à son frère Hertric, abbé de Moyenmoutier. Gérard de Vaudémont mourut peu après, et fut inhumé, ainsi que sa femme, dans le prieuré de Belval. Leurs statues, enlacées, qui ornaient leur tombeau à Belval, se trouvent aujourd’hui à la chapelle ducale de Nancy.
Thierry n’essaya pas de profiter de la mort de son frère pour reprendre le comté de Vaudémont, et, se contenta de demander le château de Xugney qui lui fut restitué. Malgré son amour de la paix, Thierry fut obligé plus d’une fois de prendre les armes, soit pour aller aider l’empereur dans une guerre contre les saxons, où il montra tant de courage, à la tête de sa cavalerie lorraine, qu’à la bataille de Hohenburg (1075), il reçut le surnom de Vaillant, soit pour réprimer les brigandages que l’on commettait de toutes part dans son duché. Des seigneurs, croyant que le duc n’oserait en venir aux extrémités, pillaient, ravageaient le plat pays, et se faisaient réciproquement une guerre tellement acharnée que la Lorraine serait devenue déserte, si Thierry n’était intervenu.
En 1089, il parvint à rassembler une armée et rendit la paix à une partie de ses états, mais, comprenant qu’il était impossible de mettre fin d’une manière définitive aux guerres privées, il exigea que l’on s’abstint à l’avenir de détruire les moissons, les vignes et les arbres fruitiers, d’incendier les maisons et de maltraiter les personnes inoffensives. Il se dirigea ensuite vers Epinal, dont le châtelain Widric était un des principaux perturbateurs de la paix publique. Widric osa livrer bataille au duc de Lorraine, la perdit, et fut contraint de se réfugier dans le château, qui fut aussitôt rigoureusement assiégé. La forteresse et la ville allaient tomber au pouvoir de Thierry, lorsque ce prince, ému de pitié pour les paysans qui avaient cherché asile derrière les murs d’Epinal, et auraient tant souffert si la ville eut été prise d’assaut, lorsque ce prince, disons-nous, se contentant d’avoir effrayé la châtelain, se retira dans le château d’Arches, situé à deux lieues au midi d’Epinal, et, qu’il avait fait construire pour mettre fin aux courses que Widric faisait de ce côté.

Nous ne parlerons que pour mémoire de la longue querelle des investitures, et de la part qu’y prit la Lorraine.
On sait que l’empereur Henri IV de Germanie prétendait avoir seul, sans le pape, le droit d’investir, c’est à dire de mettre en possession les évêques de leur dignité, il finit même par vendre les bénéfices ecclésiastiques au plus offrant. A ces prétentions injustes, le pape Saint Grégoire VII opposa la plus énergique résistance : ce fut la lutte du Sacerdoce et de l’Empire. Elle ne devait se terminer qu’en 1122. Elle fut marquée par des péripéties inouïes. L’empereur avait osé déposer le pape ; mais bientôt Henri IV, excommunié, abandonné de ses partisans, fut réduit à venir s’humilier devant Grégoire VII, au château de Canossa, en Toscane : pendant trois jours, nu-pieds dans la neige, vêtu de bure comme un pénitent, il attendit que le pape consentit à le recevoir(1076). Par la suite, l’empereur renia ses promesses, retrouva une armée, et vint bloquer au château Saint Ange, dans Rome, Grégoire VII. Il allait le prendre lorsque Robert Guiscard, chef des Normands d’Italie, vint lui arracher sa proie. Grégoire mourut à Salerne en 1085. Henri IV finit lamentablement. Le malheureux empereur, détrôné par son fils, errant et misérable, sollicitant vainement une place de chantre dans une église, mourut dans la misère à Liège en 1106.
On possède peu de renseignements sur la conduite que le duc Thierry tint pendant ces troubles : tantôt ami, tantôt ennemi des papes, il changea souvent de parti, enfin les sentiments de piété, héréditaires dans sa famille, prirent le dessus ; il abandonna les schismatiques et s’occupa de fondations pieuses ; non content d’augmenter la dotation du prieuré de Châtenois, il construisit, dans les premières années du XIéme siècle, le prieuré de N.D. de Nancy.
Sous son règne, plusieurs abbayes vosgiennes furent fondées : celle de Chaumousey, aux environs d’Epinal, celle d’Hérival, près de Remiremont.
En 1087, un seigneur lorrain nommé Albert, obtint une relique de Saint Nicolas, évêque de Myre, et la déposa dans la petite église de Port, qui dépendait du prieuré de Varangéville. Bientôt, les foules accoururent : ce fut l’origine du pèlerinage et de la basilique de Saint Nicolas de Port.
Sous son règne, les écoles de Toul furent plus que jamais florissantes, tant par la science des maîtres, tel que le docte Hézelin et Eudes d’Orléans (plus tard évêque de Cambrai) que par la renommée de leurs élèves, dont les plus brillants, Riquin de Commercy et Henri de Lorraine, quatrième fils du duc Thierry, montèrent sur le siège épiscopal de Toul.
Sous son règne, les pélerinages à Jérusalem, déjà si fréquents au début du XIéme siècle, devinrent plus communs encore. L’évêque de Toul, Pihon, partait pour les lieux saints en 1085, il était de retour deux ans plus tard, rapportant, entre autres reliques, un morceau de la Vraie Croix, qu’il tenait de l’empereur Alexis Comène. Après le concile de Clermont, et la prédication de la première croisade, Thierry de Lorraine avait pris la Croix, mais sa santé le contraignit à se faire relever de son vœu ; l’évêque de Toul et le légat du pape lui accordèrent la dispense, mais l’obligèrent à envoyer à sa place en Palestine quatre chevaliers et un arbalétrier.

Ci-dessous : le gisant de Thierry le Vaillant, selon Dom Calmet


La Maison de Lorraine

Nous n'irons pas plus loin dans l'histoire détaillée des ducs de Lorraine. Voici, cependant, un synoptique de la Maison de Lorraine :


Gérard d'Alsace 1048-1070
Thierry le Vaillant 1071-1115
Simon 1er le Gros 1115-1139
Mathieu 1er le Débonnaire 1139-1176
Simon II le Simple 1176-1205
Ferry 1er (quelques mois) 1205
Ferry II le Riche 1205-1213
Thiébaut 1er le Bel 1213-1220
Mathieu II 1220-1251
Ferry III le Chauve 1251-1303
Thiébaut II le Libéral 1303-1312
Ferry IV le Lutteur 1312-1328
Raoul le Vaillant 1329-1346
Jean 1er Dieudonné 1346-1390
Charles II le Hardi 1390-1431
René 1er d'Anjou 1431-1453
Jean II d'Anjou 1453-1470
Nicolas d'Anjou 1470-1473
René II le Victorieux 1473-1508
Antoine le Bon 1508-1545
Charles III le Grand 1545-1608
Henri II 1608-1624
Charles IV 1624-1675
François II quelques jours en 1625 !
Charles V 1675-1690
Léopold le Bon 1690-1729
François III 1729-1737


Après le traité de Vienne (1737-1738) qui mettait fin à la guerre de succession de Pologne, le dernier duc François III de la maison de Lorraine issue de Gérard d'Alsace, dut abandonner son duché et ses états patrimoniaux pour le duché de Toscane, et par son mariage avec Marie-Thérèse d'Autriche, il devint empereur des Romains sous le nom de François 1er. Sa fille, Marie-Antoinette, a épousé Louis XVI, roi de France, en 1770.
Les duchés de Lorraine et de Bar furent attribués au roi détrôné de Pologne, Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV, et devaient revenir à la France après sa mort en 1766.

François 1er (ex François III de Lorraine) 1745-1765
Joseph II 1765-1790 Léopold, frère de Joseph 1790-1792


François II, dernier empereur des Romains 1792-1806 devint François 1er d'Autriche 1806-1835 sa fille Marie-Louise fut la seconde épouse de Napoléon 1er .
Ferdinand 1er 1835-1848 François-Joseph 1848-1916, monté sur le trône à 18 ans, a épousé en 1854 Elisabeth de Bavière : Sissi.
Charles VI 1916-1919, décédé en 1922, a épousé en 1911 Zita de Bourbon-Parme, et leur fils Otto de Habsbourg Lorraine, a épousé à Nancy, le 10 mai 1951 Régina de Saxe Meningen.
Otto de Habsbourg Lorraine est le dernier descendant de la maison de Lorraine (il a sept enfants).

D'après une note manuscrite de Roger BRAHHAMMER

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