Série d’articles relatifs aux fontaines de Châtenois (19éme siècle)

Auteur : abbé Charles Tresse, curé de Châtenois


Juillet 1931

Les fontaines

Tout le monde sait que la question de l’eau potable est d’une importance capitale pour un pays : vous savez tous ici que la commune de Châtenois en est presque totalement dépourvue, et pourtant ce n’est pas faute de nombreuses recherches et de dépenses considérables.

J’estime qu’il sera intéressant pour vous de connaître le rapport, ou plutôt les notes extraites des délibérations du Conseil municipal, notes dont le Bulletin paroissial, dûment autorisé, commence aujourd’hui la publication.

Avant 1767, Mannecourt n’avait pas de fontaine ; les habitants devaient venir laver le linge et abreuver le bétail à Châtenois, ce qui était une grande perte de temps et le sujet de nombreuses discussions.

Or, en 1768, on a capté la source située dans le pré des Dames Annonciales de Neufchâteau (aujourd’hui le pré Barret) et construit la fontaine à cinquante trois toises de la source. Pour agir avec plus d’assurance, on a requis Hyacinthe Fève, fontainier à Châtenois, pour reconnaître s’il est possible de faire jeter cette source dans le lieu désigné, et si cette source est capable de fournir suffisamment d’eau ; Fève, après examen de la force de la source, a rapporté qu’on pouvait en toute sécurité entreprendre le travail.

Le puits, près de la fontaine, a été construit en 1843.

1748 – On reconnaît que la source au-dessus de Saint Basles est suffisante pour fournir de l’eau en toutes saisons : une conduite est crée par un canal souterrain d’au moins quatre pieds jusqu’au chemin (200 toises). Sur le grand chemin, a été installé un bassin de six pieds carrés, profond de dix pieds ; à la hauteur de huit pieds (niveau de l’eau) est placée une ouverture de deux pieds en carré.

L’eau étant rare à Châtenois, les habitants du breuil de Châtenois demandent deux fontaines : une sous la croix, une sous les halles, destinées aux chevaux de la garnison : le besoin de fontaine en ce lieu avait obligé les officiers de la garnison à porter plainte.

1810 – La fontaine du breuil est alimentée par une source distante de 1500 m., la conduite est en tuyau de bois posés depuis trente ans. Il a été observé qu’à une moindre distance se trouve une autre source très abondante appelée "la fontaine des Moines", située au-dessous de la chapelle Saint Basles, laquelle alimentait autrefois le couvent des Moines.

Cette "source des Moines", encore visible, est ici désignée par André HURAUX (novembre 2006)


Cette fontaine a été abandonnée, les tuyaux enlevés, depuis la suppression des moines. Vers l’amas d’eau de cette source, on remarque que l’eau sort encore abondamment et que même elle nuit à la culture des terres qu’elle traverse depuis la destruction des conduits. Distance de cette source à la fontaine : mille mètres, éloignement moindre de 410 m., la source des Moines doit donc être préférée (en 1810, vote de 1900 F. pour affouillement, à cause de perte d’eau de la source au récipient).

1819 – Vote de 8000 F. pour fouilles des terres et recherche des eaux de source, et 10 175 F. pour construction de fontaines et lavoirs.

Le 10 juillet, la commune est autorisée à réunir les eaux de la fontaine dite "des Moines" avec celle principale venant du canton de Vramont.

La conduite des eaux sera faite depuis le puisard de Béchard jusqu’au récipient qui se trouve au revers de la montagne dite Saint Basles, sur 607 mètres (1000 F.).

11 mai 1833 – Pénurie d’eau : on décide de creuser trois puits dans l’intérieur de la commune.

Le 23 juillet – Le colonel Puton (officier de la Légion d’honneur) demande la surveillance des sondages qu’il croit devoir être couronnée de succès.

Le 6 août – Il est convenu que François Collin, sondeur à Provenchères, fera les sondages en différents points de la commune (2.50 F. par jour de travail ; 14 heures de travail en été et en automne, 12 heures en hiver).

Le 14 août – On détermine le point fixe sur lequel le premier sondage doit s’opérer : proximité du lavoir déjà établi devant les halles afin d’utiliser au profit de l’immense majorité des habitants de la commune les eaux qui pourront jaillir par le sondage ; on est d’avis d’établir le premier puits au nord du lavoir comme étant le plus commode pour placer les auges destinées à l’abreuvage du bétail et au déversement des eaux surabondantes.

Le 20 août – L’ingénieur Goirand, à Norroy, s’engage à diriger et à fournir un chantier de sondage du puits artésien dans la commune de Châtenois : ce chantier se composera de 200 à 250 pieds de sonde avec tous les outils. Si la commune obtient une fontaine jaillissante, elle fixera les honoraires de l’ingénieur, sinon il ne demandera rien.

Le 12 avril 1835, d’après les constatations de l’ingénieur, il n’existe plus guère de probabilités d’obtenir de l’eau jaillissante en continuant le forage du puits artésien qui a été poussé à 385 pieds de profondeur, et qu’il est urgent de ne pas épuiser inutilement les fonds de la commune, de cesser le travail et de vendre le matériel appartenant à la commune qui servait au travaux du dit puits.

(16 mai, payé 165 F. pour location de sondes).

En cette même année 1835, la conduite des fontaines a été reconstruite ; on a creusé des tranchées pour réunir deux petites sources du bassin des Moines, trois sources de la Vigne, du breuil, du chemin de Saint Basles ; on a réuni dans un même bassin les deux sources à l’angle de la vigne du Viel et du sieur Barret, puis plusieurs autres sources sans importance : Vieux-Bourg, celle au-dessus de la fontaine Saint Pierre.

A partir de la source principale au-dessus du bassin des Moines, a été établie une conduite en tuyaux de fonte de 41 mm. sur 825.85 mètres pour 3699.58 F.

De la source du Vramont, les eaux ont été réunies et amenées jusqu'à l’embranchement placé vis à vis [de] la maison François André.

Les réparations du lavoir, de la fontaine, les conduites et les rassemblements de source ont été terminés en 1841 et ont coûté 19 965 F.


Août 1931

Les fontaines (suite)

1839 – D’après l’expertise faite par Grillot, architecte, on a reconnu, le 12 octobre, qu’il fallait poursuivre les tranchées qui se trouvent à quelques mètres au-dessus des divers bassins qui reçoivent les prétendues sources.

Si la direction avait appartenu à des entrepreneurs connaissant leur métier, ils eussent poursuivi les divers écoulements d’eau pour pouvoir trouver l’ancienne source des Moines, mais que n’ayant été fait, il convenait, dans l’intérêt de la commune et des habitants, de poursuivre par des tranchées les divers écoulements d’eau qui arrivent dans les bassins de la côte de Saint Basles, du Haut-Bourg, du Vramont et de la fontaine de Vallimont afin de pouvoir découvrir les vraies sources ou sinon de trouver une position convenable à faire des encaissements tels que les eaux ne puissent pas se perdre ; qu’il convenait mieux de placer des tuyaux (bois ou fonte) dans les tranchées que d’y établir des cheneaux.

Les travaux ci-dessus ont été mal exécutés par suite du manque de surveillance et ont suscité des plaintes ; il a fallu un vote supplémentaire de 3000 F. pour travaux d’amélioration.

1841 – (10 février) En raison du peu d’eau que la commune possède, il convient d’ajouter la source dite " de la Duchesse " au fil des sources des Moines ou du Vramont ; que déjà avant l’établissement des fontaines de Châtenois, il aurait fallu prendre cette source qui est plus abondante que les autres et moins éloignée, qu’à la vérité, Merlin, ancien maire, se dit propriétaire de cette source pour alimenter son moulin ; mais aucun acte ne justifie la propriété ; même s’il est propriétaire, la commune doit faire un sacrifice.

- Considérant la disette d’eau qui existe dans la commune de Châtenois, qu’on ne peut trop s’occuper de lui en procurer ;
- considérant que la source dont il s’agit donne constamment de l’eau ; qu’en la dégageant, elle pourrait en donner un fort volume, ce qui serait une richesse pour la commune ;
- autorise le maire à la faire dégager et encaisser pour bien reconnaître ce qu’elle pourra donner d’eau avant de faire la dépense des tuyaux et tranchées pour la joindre aux autres .

Nous ignorons la suite donnée à cette décision.

1845 – En été, toutes les sources réunies ne produisaient que huit litres par minute pour 1593 habitants ; donc c’était la disette pour les habitants, les animaux, en cas d’incendie.

Cent francs sont votés pour recherche de source par l’abbé Paramel.

1847 – Cinq milles francs pour nouvelles recherches de sources par dessus le Béchard, mais ces travaux ont dû être abandonnés.

1850 – Manque d’eau ; demande de fouille derrière le Vieux-Bourg à un endroit indiqué par l’abbé Paramel.

1851 – Manque d’eau pendant les sécheresses ; nouvelle demande de fouilles.

1852 – Le maire fait remarquer que les fontaines ne donnent pas suffisamment d’eau, même en temps de pluie ; sources peu abondantes. Le peu d’eau stagne dans le réservoir, fétide, malsaine ; il conviendrait d’amener l’eau de la source près du ruisseau de Frézelle, très abondante. Si on ne peut pas l’amener, traiter avec le sieur Gautrot, géologue, qui a déjà traité avec Neufchâteau. (Autorisation). A ce moment, la commune possède 20 000 F. en caisse et était sur le point de vendre ¼ en réserve pour 40 000 F. ; soit au total environ 60 000 F. d’aujourd’hui.

Or Gautrot s’engage, par acte du 28 avril 1852, enregistré à Châtenois le 13 avril 1853, à fournir pour 30 000F. deux milles litres d’eau par heure ; les travaux commencés n’ont pas été achevés. Un nommé Landrian, cutivateur à Sexey aux Forges (Meurthe & Moselle), continue les travaux nécessaires pour savoir si le puits creusé par Gautrot peut fournir quatre milles litres d’eau à l’heure : délai de quatre mois. Si les travaux ne sont pas faits, ou si Landrian ne peut justifier que le puits peut fournir les quatre milles litres d’eau, le traité sera anéanti. La question des quatre milles lites à l’heure sera fixée par cubage du 1er au 15 septembre 1857 [ ?].

1853 – Eau manque dans presque tous les puits et les fontaines. D’après les petites sources qui existent derrière le Vieux-Bourg, il devrait y avoir de l’eau à cet endroit.

1854 – Alors 2500 F. sont votés pour fouilles derrière le Vieux-Bourg par des ouvriers sans ouvrages et indigents pour trouver l’eau dont la commune a besoin. Ces fouilles ont mis à découvert plusieurs sources qui donnent assez d’eau pour alimenter trois fontaines, ce qui est précieux. On continue les travaux de tranchées du bas afin d’amasser toute l’eau de la côte ; puis réunir l’eau des deux tranchées dans un réservoir ; le conduit a été fait sur les indications de l’abbé Paramel.

1857 – Un nivellement fait, avait pour but de savoir si les eaux que l’on pourrait découvrir dans la côte de Courcelles et notamment celle présumées sous le gros noyer pourrait arriver devant l’église.

1859 (19 avril) – Toujours disette ; sur dires, il existe dans la côte Saint Rémy diverses sources qu’on pourrait réunir à celles existantes ; des fouilles seraient faites aussi à l’entrée du bois de Châtenois au lieu dit "sous la Clef " (3000 F. votés, pas d’exécution).

3 mai – Sur la demande de M. Alisant, maire, un projet de recherche d’eau a été établi pour augmenter la source des fontaines (pas d’exécution).


Octobre 1931

Les fontaines (suite)

A ce sujet, le rapport qui suit (3 mai 1859) a été établi par M. Michaux, architecte de Neufchâteau.

 

Le bourg de Châtenois, dont la population est d’environ 1200 habitants se livrant la plupart à l’agriculture, ne possède que trois abreuvoirs et un lavoir placés dans la partie basse du village ; pendant au moins quatre mois, la lavoir est entièrement à sec et la source pour l’alimentation des abreuvoirs ne débite pas plus de douze à quinze litres à la minute. Cette source, réunie par des ramifications, est située au nord sur le chemin de Courcelles, et à plus de deux kilomètres du village, elle est amenée par une file de tuyaux en fonte en très mauvais état. C’est pour obvier à ces inconvénients que le conseil municipal vient de voter une somme de 3000 F. pour être utilisée en recherche de nouvelles sources destinées aux mêmes fontaines.

Les fouilles en recherches s’effectueraient dans le versant de la côte de la montagne de Saint Basles. Cette côte ondulée et divisée par petits bassins, paraît offrir, en effet, vue de loin, un emplacement favorable à la découverte de sources, notamment en ce qui concerne les bassins de la combe Béchard et celui de la clé, aussi ces deux endroits ont-ils été par le conseil désignés au préposé comme devant le plus de succès et le plus d’économie pour réunir leurs eaux à la source principale. Néanmoins ces emplacements examinés de près et étudiés avec attention présentent un terrain de transition hétérogène composé de couches perméables et imperméables, se mêlant et se combinant entre elles d’une infinité de manières différentes, c’est pourquoi il est impossible au soussigné de poser des règles d’après les quelles on puisse rigoureusement fixer le volume même approximatif d’une source recherchée en pareilles conditions.

En général, est que dans un plateau ou une colline isolés recouverts d’une couche de terrain détritique de quatre à cinq mètres d’épaisseur, reposent sur une couche imperméable convenablement inclinée, on peut compter trouver en thalweg, et dans le moment des sécheresses ordinaires de trois à quatre litres par minute pour chaque surface de cinq hectares ; mais ici, à moins de conditions exceptionnelles qui ne peuvent être prévues, on ne peut que tenir compte des eaux du coteau, et par des expériences, le soussigné a pu se convaincre que celles du plateau dominant se déversent du sud au nord. Sur une profondeur de trente mètres, les couches sont inclinées dans le sens opposé au village.

En résumé, les lieux ci-dessus indiqués étant d’ailleurs les seuls du territoire de Châtenois susceptibles d’une tentative de recherche d’eau (moins les belles sources dites "de Froides fontaines" situées à cinq kilomètres du village).

 

Le rapport ci-dessus communiqué à l’administration, a donné lieu aux observations suivantes :

Neufchâteau, le 9 juin 1859

Il résulte du rapport ci-joint du sieur Michaux, que les recherches de sources autorisées par le conseil dans sa délibération du 9 mai dernier, présentent très peu de chances de succès, et qu’il y a de sérieuses raisons de craindre que cette dépense ne soit en pure perte.

Le mauvais succès des travaux précédemment exécutés dans le même but me semble un motif suffisant pour détourner le conseil de persister dans cette voie qui affecte sans résultat la caisse communale, et prolonge indéfiniment les privations des habitants.

Le sieur Michaux signalant les sources de "Froide Fontaine" comme étant les seules qui puissent procurer un résulta certain, il me semblerait plus convenable de s’attarder à chercher les moyens de rendre réalisable un projet qui aurait pour objet de les utiliser plutôt que d’épuiser ses ressources à des recherches réitérées dont les chances sont plus que problématiques.

Il m’est revenu que la commune pourrait acquérir l’une de ces sources à des conditions peu onéreuses. Je vous engage donc, préalablement à toute nouvelle entreprise, à vous assurer de la possibilité de l’obtenir, puis de concert avec le conseil, à charger le sieur Michaux d’évaluer sommairement la dépense d’un projet d’amenée afin que cette question puisse être examinée sérieusement et en pleine connaissance de cause. Peut-être y aurait-il économie à employer une somme un peu forte pour arriver à un résultat assuré plutôt qu’à dépenser chaque année de nouvelles sommes en tâtonnements ?

Le sous-préfet.

1865 – M. Petot, entrepreneur, sous la direction de M. Chatel, des Ponts et chaussées, est chargé de continuer les recherches d’eau qui ont déjà été commencées dans le courant d’octobre 1864 sur le territoire de Châtenois ; ces recherches devront, vu l’urgence et attendu que les fontaines de Châtenois [sont] sur le point de tarir, être poursuivies activement ; elles s’effectueront au lieu dit "combe Béchard" ; si les recherches amènent au bon résultat, on devra immédiatement capter les sources et les joindre aux deux fontaines actuelles. (Dépense : 1683.50 F).


Janvier 1932

Les fontaines (suite et fin)

8 décembre 1877 – Rapport de M. Lambert au conseil municipal.

Messieurs et chers collègues,

Par votre délibération du 29 octobre 1875, vous aviez chargé M. le maire de s’aboucher avec M. Rousseau, ingénieur de la compagnie des Chemins de Fer de l’Est, chargé de la construction de la ligne de Neufchâteau à Epinal, à l’effet de combiner une prise et une conduite d’eau destinée à alimenter nos fontaines communales et l’adduction à l’étude au compte de la dite compagnie pour fournir un réservoir d’eau à la gare de Châtenois.

N’ayant pas appris que ces démarches aient été faites, j’ai cru devoir, dans l’intérêt de la commune, en tenter de mon côté, et j’ai l’honneur de vous exposer ci-après le résultat des conférences et correspondances que l’ai eues avec M. Rousseau, ingénieur, et M... chef de section.

M. Rousseau, tant verbalement que par une lettre officielle du 24 novembre dernier, n° 248, m’a donné l’assurance qu’il soumettra en temps opportun à ses supérieurs la demande que je lui ai formulée au nom de la commune. Toutefois, m’a-t-il dit et écrit, il est douteux que la compagnie accepte le principe d’une conduite d’eau commune avec deux destinations, mais il est possible qu’elle accorde la faculté de se servir de sa tranchée pour y placer une conduite spéciale de la commune.

Le bassin de réception qui sera construit à la source par la compagnie, devant être découvert, serait peu convenable pour emmagasiner des eaux potables.

D’un autre côté, il ne pourra utiliser que la source de Froide Fontaine, laquelle ne saurait guère suffire aux besoins de la Compagnie et à ceux de notre commune. Enfin les propriétaires de cette source ayant déjà, à ma connaissance, opposé des prétentions exagérées tant au maire de la commune de Rouvres qu’à la compagnie des chemins de fer, qui s’attend à être obligée de recourir à l’expropriation pour cause d’utilité publique, il est présumable que la commune de Châtenois rencontrerait les mêmes difficultés, et il est certain qu’elle n’aurait pas la même ressource pour les surmonter, puisque la loi ne permet pas l’expropriation pour les fontaines des communes rurales.

Mais il existe, vers le même point, deux autres sources, l’une dite de Frezelle, l’autre Bassin de Darney, dont les eaux pourraient être également être amenées à Châtenois par la même tranchée que pour le chemin de fer, moyennant un embranchement de 200 à 300 mètres pour la première, de beaucoup moins encore pour la seconde.

Les jaugeages opérés par les agents de la Compagnie ont donné les résultats suivants :

- au 17 octobre 1875, la Frezelle débitait 80 000 litres par 24 heures, la bassin de Darney 45 550 litres. Le 29 novembre 1877, cette dernière source jaugea 41 000 litres.

- à l’étiage, le débit est tombé à 13 500 litres pour la première et 9 600 pour la seconde.

Or la consommation de Châtenois peut s’évaluer d’une manière très large à vingt litres par tête d’habitant, soit 30 000 litres pour 1500 habitants.

Cette quantité serait donc fournie en entier, et même au delà, par l’une quelconque de ces deux sources, sauf pendant la saison de sécheresse. Il faut d’ailleurs considérer que pour parer à l’insuffisance du débit à l’étiage, il suffira d’établir un petit réservoir à la source, et que d’ailleurs la commune, déjà approvisionnée par ses fontaines actuelles n’a besoin que d’un complément qu’on peut porter à la moitié de saconsommation, soit 15 000 litres d’eau par jour.

Je conclus de là qu’il suffirait de capter et d’amener à Châtenois l’une des deux sources en question, et de préférence celle dite bassin de Darney, située un peu au-dessus du tracé de la conduite d’eau du chemin de fer.

La dépense de la commune serait d’autant plus faible qu’elle pourrait utiliser la tranchée de la compagnie jusqu’à la gare même, d’où le tuyau de la commune remonterait en siphon jusque vers la fontaine actuelle du Vieux-Bourg, en face du Jardin Charotte, et distribuerait les eaux tant sur ce point que partout au-dessous de ce niveau.

Au point où en est ainsi arrivée la question, je crois que le conseil ferait sagement de ne point la perdre de vue, mais au contraire de la suivre de près et de la recommander auprès de la direction générale des chemins de fer de l’Est, afin d’obtenir, et aux meilleures conditions possibles, un concours auquel elle n’est nullement tenue ou poussées par ses intérêts et qui serait pour notre commune un véritable bienfait.

Signé : Lambert.

 


Quelques images des fontaines disparues...

 

Paul HURAUX écrivait en 1963 (j'ai ajouté des commentaires, en caractères droits, l'original de P. Huraux est en italique) : "Avant l'adduction d'eau (1954), il y avait à Châtenois :

- des bornes-fontaines, alimentées par les sources de la Clef [nota : il s'agissait d'une source voisine de la source des Moines, dans le bois de Saint Basles, voir le haut de cette page] et du Vramont, et situées :
devant la maison Durand maréchal
,

Sur cette vue de la rue sous l'église, en 1918, la borne fontaine est indiquée par une petite flèche de couleur jaune.

devant la maison "Dampt",

La "Grande rue" (aujourd'hui rue de Lorraine), dans les années 1920 : on voit bien la borne fontaine, sur la droite, devant la maison "Dampt".


devant le salon de coiffure Suzanne Dormoy
[route de Longchamp], devant la gendarmerie, au-dessus de la maison Chaumont (route de Courcelles) et au coin de la boucherie Marchal [c'est à dire aujourd'hui : à l'angle de la rue du Breuil et de la place du Souvenir],

- un abreuvoir de forme circulaire, où l'eau coulait en permanence, devant l'hôtel de la Poste, et que l'on appelait "la fontaine ronde",

"La fontaine ronde", toujours dans la Grande rue (de Lorraine), en face de l'actuel café "Bedel", en ce temps-là "chez Prang".

- un abreuvoir (deux auges) devant la maison Emile Chouleur (rue de la Curtille), eau coulant en permanence,
- un abreuvoir (deux auges) devant la maison André Bonnard, eau coulant en permanence, et une pompe rotative à chaîne, sur un puits,
La rue de la Curille, au début du 20éme siècle. L'abreuvoir n'est pas bien visible ici, il est indiqué par une flèche de couleur jaune.

- un abreuvoir devant le grand lavoir, sur la place, comprenant trois auges à droite et trois auges à gauche d'un petit édifice en pierre de taille d'où l'eau coulait en permanence, et surmonté d'un réverbère à pétrole. Les auges occupaient toute la façade du lavoir.
Détail d'une carte postale (montrant la rue du Breuil vers 1920) : le lavoir (construit en 1823), devant lequel sont situées les auges de l'abreuvoir.


- un petit lavoir sous abri, au bout
[ouest] de la rue des Bonnes Femmes [aujourd'hui : rue Thierry le Vaillant] appelé "le gué de Chonchon" ; devenu par la suite atelier de distillerie tenu par Alfred Brahhammer et Julien Delorme [et, jusque dans les années 1960, par Roger Brahhammer].
[Nota : ce "guè de Chonchon" était situé sur un ruisseau appelé couramment en patois "le gû des Riaux", parler que nos institutrices nous interdisaient, la "bonne" appellation étant le "gué des Ruaux" ! Ce cours d'eau qui, en ce temp-là, coulait à ciel ouvert, est maintenant canalisé]

- un grand lavoir, sur la place, qui date de 1823.
Ces deux lavoirs étaient constitués par de grands bassins d'eau, toujours pleins, l'eau coulant en permanence. Les bassins étaient entourés par une bordure en pierre de taille, taillée en biais pour servir de planche à laver, et devant lesquelles et devant lesquelles les femmes faisaient leur lessive, à genoux dans de petites caisses à trois côtés appelées "chayottes" [dans la région, il semble qu'on disait aussi "chèrottes"] et contenant un petit paillasson. De plus, les femmes frappaient le linge avec un tapoir, sorte de palette au bout d'un manche.
Quand on passait devant le lavoir, les langues faisaient plus de bruit que les brosses et les tapoirs !".

- une fontaine avec abreuvoir, à l'entrée du Vieux-Bourg, appelée "la fontaine Paquet",
- une autre fontaine, au Vieux-Bourg, au-dessus de la maison Kost ; cette dernière avait, d'un côté, une pompe rotative à chaîne sur un puits, et de l'autre côté, un petit lavoir constitué par une auge sous abri.
Ces deux fontaines du Vieux-Bourg étaient en pierre de taille, avec une corniche au dessus : trois marches carrées en gradin portant un grand vase en bronze avec des fleurs !
Sur le devant, une tête de lion en métal moulé, tenant dans sa gueule un tube d'où l'eau coulait dans l'auge, non pas en permanence, mais lorsqu'on levait une barre sur le côté
[de l'édifice]. Il y avait aussi deux barres de fer scellées sur l'auge, [en travers] pour pouvoir poser un seau.
- un abreuvoir qui existe encore au Haut-Bourg
[hélas ! en 2006, l'auge n'y est plus...] près de la croix [de Saint Marc] et comprenant une pompe rotative à chaîne sur un puits.

Haut-Bourg : la croix de Saint Marc et le puits, en novembre 2006.


- il y avait un grand lavoir à la sortie du Haut-Bourg et le château d'eau qu'on appelait "le gué" (on voit encore le creux)
[en 2006 : tout cela, malheureusement, a été totalement comblé à la suite de l'installation d'antenne de télécommunication...] constitué par une pièce d'eau rectangulaire, avec, sur un grand côté, un abri et un rebord en pierre de taille pour faire la lessive; deux autres côtés murés verticalement, et le quatrième côté en pente douce, de sorte que les animaux pouvaient y aller boire.

- à Mannecourt, il y avait un abreuvoir et un petit lavoir au dessous de la maison "André Barret", et même un gué ; et un abreuvoir en haut de la côte à droite, avant le croisement de la route de Rémois.
- à Valaincourt, il y avait un abreuvoir et un petit lavoir sous abri près de la croix, et un abreuvoir devant la maison "Edmond Gérard" (deux auges). Un autre abreuvoir avec une pompe rotative à chaîne devant la maison Benjamin Richard (aujourd'hui Louis Midenet).

Valaincourt, vers 1907. On voit bien, décrits par Paul Huraux : à gauche, au premier plan, la pompe rotative à chaîne, et plus loin, après la charrette, l'abreuvoir à deux auges.


De plus, presque toutes les maisons de Châtenois avaient leur puits. "


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