Rien qui ressemble à une fête de quartier n'existait avant 1989. Entre voisins, certes, depuis les temps anciens, existait une entraide constante, dans les travaux agricoles ou toutes sortes de tâches d’entretien des maisons, parfois précédées, souvent accompagnées et en général suivie de séances reconstituantes à base de bière ou d’autres boissons plus ou moins alcoolisées (selon l’heure...).
En 1988 surviennent deux événements dont le lien avec cette manifestation est à mon avis certain : le décès de Roger B. et de Pierre R. . Ces deux "figures" du quartier disparues, et peut-être en raison du vide ou d’une certaine angoisse inexprimée, l’idée de réunir le voisinage autour d’un repas va germer dans l’esprit des membres d’un " noyau " initial de trois couples que le goût de la rigolade, de la bonne bouffe et du bon vin rapprochaient déjà périodiquement au long de l’année.
Châtenois fut, au Moyen-Age, un bourg fortifié situé sur un promontoire relativement escarpé, situé sur le rebord d’une "côte" (au sens géologique que prend ce terme sur les confins du bassin parisien) : c’est le "Haut-Bourg" de Châtenois.
La forteresse disparue, après la guerre de Trente ans, le village descendit du plateau vers la vallée du Vair, affluent de la Meuse, et ce fut le "Vieux-Bourg" (bien que moins "vieux" que son voisin du plateau...), à flanc de coteau ; le village actuel s’est développé au bas de ces collines et ne porte aucun nom particulier... autre que "le bas de Châtenois".La fête du quartier dont nous parlons ici concerne exclusivement le Vieux-Bourg, mais pas dans sa totalité, la limite basse du quartier, pour ce qui est de la fête, étant assez mal définie... au grand dam de certains.
Ce sont :
André (alias Didi) et Chantal ,
Sylvie et Jean , Maryse et Yves (dit Nounours, en maillot sombre sur la photo de droite), ont maintenant quitté le quartier..
Didi est surtout propriétaire du terrain sans lequel il ne saurait y avoir de fête... faute de place.
Il est aussi propriétaire d’un solide sens de la fête et d’un ventre très éloquent, quant à cette capacité festive...
Réunir, étancher la soif, et nourrir entre trente et quarante personnes pendant deux jours nécessite un minimum d’organisation, de préparation. Aussi des réunions prospectives, comme dans les bons états-majors, se tiennent-elles : L'année précédente
En fin d’année, le plus souvent, se tient la première réunion pour la fête de l’été suivant. Comme c’est important, que tous parlent en même temps, qu’on est pas loin de Noël et donc de Nouvel An, on arrose tout ça... pas mal, et même un peu plus. Du coup, les plans et résolutions, bien que notés soigneusement sur un cahier par Didi H., doivent être rafraîchis en milieu de parcours. D’où :
vers la fin du printemps
... on remet ça , en s’inquiétant des congés et autres obligations de chacun, pour fixer une date, arrêter les menus & boissons, établir l'ordre de grandeur du prix de participation individuel et désigner les "responsables" de toutes ces opérations. On arrose encore un peu..., mais comment faire, sinon ?
à court terme
et sans préavis, doivent se tenir des conseils de guerre à plus petite échelle (les femmes le plus souvent...) pour revoir une dernière fois quelle entrée, quels légumes, quels desserts etc... préparer, et qui va s’y coller.
Les gros moyens (ce que les hommes mettent en place...)
protection contre les éléments météo : la tente, empruntée durant plusieurs années à la municipalité, de réalisation "locale" en 2001. Voici quelques images de sa construction :
Fabrication de la tente, en mai 2001la table, en panneau de particules, fabriquée en plusieurs pièces par un ex-habitant du quartier,
Christian R. dit "le Marquis de la Rampe",
les braseros, pour la cuisson des viandes (le barbecue), fabriqués avec des demi-tonneaux métalliques
le congélateur, utilisé, par un subtil dosage, comme réfrigérateur, pour les boissons et denrées périssables, réparé non moins subtilement au marteau quand il fait mine de refuser de fonctionner, par le "caviste", Jean-Claude . Hormis la tente, qui jusqu’en 2000, a dû être empruntée à l’extérieur, ces matériels sont stockés sur place, chez Didi.
Les matériels légers (ce que les hommes savent utiliser, mais pas bien mettre en uvre....)
Ce sont d’une part, les ustensiles de cuisine et restauration : ils sont prêtés par les participants, une réserve de couverts ayant été acquis collectivement pour éviter l’emploi de couverts plastiques, peu pratiques et trop fragiles ; en revanche, les assiettes et gobelets à usage unique continuent d’être utilisés (à charge collective), et d’autre part les chaises et divers petits moyens, apportés par les participants selon les besoins.
C'est Catherine qui se réservait, jusqu'en 2003, le soin de décorer la table.
La fête se tient toujours un week-end, classiquement le samedi soir, premier repas, puis le dimanche, midi et soir. Certaines années, compte-tenu du choix du week-end et de la présence éventuelle d’un "pont" (notion très française et très utile pour agrémenter la vie), la durée peut se trouver allongée... De plus, il y a en général une "première mi-temps" réservée aux monteurs.
Les actions à mener
tondre la pelouse du terrain réservé aux activités (rôle perpétuel de Didi )
construire la tente "principale" sous laquelle tout se passera, et celle, séparée, qui abrite le congélateur, réutilisé comme simple frigo, pour les boissons. Cette seconde tente (photo de droite) est le plus souvent à proximité du noyer,
suspendre le "drap d’or" portant le millésime de la fête,
amener l’électricité, pour éclairer les tentes, et faire fonctionner divers accessoires,
monter la "sono", entièrement conçue et réalisée par Jean, et qui comporte un ampli et une enceinte acoustique de bonne puissance, pour la musique d’ambiance. poser l'éclairage de l'aire de cuisson des viandes
dresser la table pour la trentaine de convives, la décorer...
Tout commence avec le montage, un certain nombre de "canettes" de bière sont sacrifiées pour cette importante opération, qui commence parfois dés le vendredi soir !
Sinon, le premier événement collectif est l’apéritif, pris, de façon coutumière, sous le noyer.
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Repas, ensuite. De 21H00, en moyenne...
... jusqu’à... divers horaires selon l’âge : les plus anciens quittant la table vers minuit,
d’autres ont pu, certaines années, rester là vers 4 ou 5 heures du matin.Jusqu’en 1999, vers 23H00 était lancé un feu d’artifice, choisi par Michel, et mis à feu en compagnie de son beau-frère, Jean-Claude . Pour des raisons de sécurité, qui anticipaient d’ailleurs sur la pure et simple interdiction par le maire, de ce genre de manifestation lumineuse et sonore : plus de feu d’artifice en 2000...
Le lendemain, les plus courageux émergent vers 8H30-9H00, et la journée commence par un café collectif.
Déjeuner vers midi,
l’après-midi est alors consacré à diverse activités ludiques : pétanque, cartes,fléchettes,
virée "vers l’étang du Didi", situé à quelques kilomètres de là, sur le plateau,sieste...
De quoi parle-t-on ?
Des voisins des autres quartiers, (ou de ceux qui sont absents) : des "vaches du Michel" (c’est pas moi !), des "moutons du Marcel", de la tenue du champ d’un autre ("il met trop d’engrais !"), de la santé d’un (ou d’une) troisième, de questions liées à la commune : les bois (bien gardés !), les affouages, les chemins, les limites de terrain, les effets de la tempête de décembre 1999 (effet profond et prolongé sur les esprits), les poissons dans "l’étang du Didi" (à ses "amours" ! argentés... ce sont des poissons qu'il a fait venir de Chine).
Il ne faut pas perdre de vue que la France est vieux pays de tradition agricole : la terre et ses maux occupent une grande place dans l’inconscient collectif !
Les femmes,
entre elles, parlent plus volontiers de questions liées aux familles, aux enfants, aux grossesses passées, en cours et futures... Quand elles sont seules.... elles doivent sûrement parler encore
d’autres choses très secrètes, des choses de femmes, des choses de la vie, auxquelles les hommes ne comprennent rien (chuuuuut !)......
Les hommes : d’abord, ils causent mieux avec une petite bière à la main (ce doit être pour ça que j’ai du mal à terminer ce texte...), ils parlent... des femmes, bon, oui, mais aussi de leurs boulots respectifs : reste-t-il des pierres dans la carrière du Doudou ? Manuest et "BSN" tiendront-elles encore quinze jours ? les fromages de Bulgnéville sentent-ils bon ? ...certain(e)s se font des cheveux ! On discute assez peu de politique, bien qu’il ne manque pas de conseillers (et conseillères !) dans l’assemblée...
Les plus anciens, mais pas seulement eux, restent en général sous la tente, à évoquer les temps d’autrefois, les vieilles "figures" du village.
Quant aux enfants, faut-il dire qu'ils apprécient ? !
les petits sont bien gardés par les plus grands...
| L’ère de l’Europe, à vrai dire, a commencé dans nos humbles villages bien avant que nos hommes politiques et nos médias nous en rebattent les oreilles :cela paraît bien artificiel, car dans notre réalité quotidienne, fête ou pas, qui songe au fait qu’un bon nombre d’entre nous a ses ancêtres en Espagne, en Pologne, en Allemagne, au Portugal, en Italie ? Personne, à vrai dire... Pour l’instant, et bien qu’invités, les turcs du quartier ne sont pas encore venus. Nous n’avons pas d’anglais, pas de belges, les seuls hollandais sont des fromages : nul n’est parfait ! |