CHRONIQUES


Les foires

Aujourd'hui n'existe encore à Châtenois que la foire dite "de Pâques", qui fut instituée en 1875. Jusqu'en 1914 se tenait un marché, le mardi, dont l'origine remonte au Moyen-Age. Julien Bastien mentionne, en 1888, six foires, outre celle de Pâques : les 14 février, 25 mai, 2 août, 10 septembre, 10 novembre, et 23 décembre.

A partir de 1493, ces foires se tenaient sous les halles, construites initialement au Haut-Bourg et déplacées sur la place dite aujourd'hui "du Souvenir" en 1734, puis, avec une surface réduite, à l'emplacement de l'immeuble actuel de la perception, en 1924. Elle furent démolies définitivement en 1963, ainsi que le lavoir

A gauche : les halles, en 1915, sur ce qui est aujourd'hui la place du Souvenir. On voit, à droite, le lavoir, et au centre, la maison "du docteur Aymé".

qui les séparait de la maison "Aymé".

On voit ici la rue du Breuil (dans les années 1920), et tout au fond, le lavoir.

La même rue du Breuil, début novembre 2006.

Au temps jadis, où les foires constituaient à la fois une réjouissance et une importante activité commerciale, une "dispute" qui éclata entre Châtenois et Neufchâteau nous est relatée par J. Bastien : "A cette époque [en 1754], un employé de l’hôtel de ville de Neufchâteau, préposé à la surveillance des foires et marchés de cette ville, le sieur Michel Collenot, demanda, de concert avec plusieurs habitants, la suppression des foires de Châtenois, alléguant qu’elles avaient fait contracter aux habitants des habitudes d’oisiveté, de commerce mal entendu, de chicane, de buvette... et qu‘elles nuisaient aux foires de Neufchâteau. Nous retenons cette dernière raison, car elle fait juger de l’importance des foires de Châtenois, que les vieillards se plaisaient encore à rappeler. Le maire, le syndic et la communauté répondirent par une protestation énergique dont le passage suivant mérite d’être relevé : « Nous pouvons attester que nulle part, les terres ne sont mieux cultivées, qu’une partie des habitants cherche du travail au loin et au près, que les personnes du sexe passent les nuits d’hiver pour se procurer par le moyen de leurs quenouilles et aiguilles une modique subsistance, et de quoi payer les impôts. Les foires et les marchés leur donnent de quoi trafiquer leurs sueurs et leurs veillées. Signé : Félix Brusselet, maire, Grandjean, syndic, et vingt-huit bourgeois. »
Cette protestation fut appuyée par celle de seize villages voisins, et les foires de Châtenois furent conservées.


Les fontaines

Dans une région connue pour ses stations thermales (Vittel, Contrexéville), on croirait impossible qu'on ait pu manquer de ce précieux liquide, surtout au temps où n'existaient ni lave-vaisselle, ni lave-linge, et où les baignoires étaient assez rares...
C'est pourtant ce qui se produisit à Châtenois au dix-neuvième siècle, et on en retrouve une chronique dans les bulletins paroissiaux que rédigea l'abbé Tresse au début du siècle dernier. L'absence de connaissances géologiques suffisantes fit persister la municipalité dans des travaux de creusement et de forage coûteux et inutiles.


Un conte

Mentionné par J. BASTIEN dans sa "Notice", ce conte, écrit à l'aube du vingtième siècle par un enfant du pays, est très librement inspiré de l'histoire du château de Châtenois.


Le souterrain du château

Une légende, à Châtenois, aussi ancienne que tenace évoque l’existence d’un souterrain reliant le château défendant autrefois le Haut-Bourg, forteresse dont il ne reste rien aujourd’hui, à l’église du village.
Les anciens du Haut-Bourg et du Vieux-Bourg (Roger Brahhammer, Paul Huraux entre autres), transmettaient cette tradition, et affirmaient que l’entrée se trouvait juste au-dessus du niveau de l’eau d’un puits du Haut-Bourg. Roger Brahhammer pensait qu’il s’agissait du « puits de Firmin », aujourd’hui situé dans la cour de la maison T.
Certains affirmaient même qu’André H., (fils de Paul alias Didi), aussi curieux que vigoureux et intrépide dans sa jeunesse, avait fait la périlleuse descente dans le dit puits, et avait trouvé la porte en question. Seul détail : l’intéressé n’a jamais rien fait de tel (mais il en a fait d’autres, dirait-il !)...

Quant à Palmerio T., actuel propriétaire du fameux puits, il l’a, en 1999 et 2000, presque complètement nettoyé et vidé : d’une bonne profondeur (seize mètres) et construit en fort belle maçonnerie, celui-ci ne présente pas le moindre commencement de trace de porte !

Si l’on admet pourtant :
    1. qu’il ait pu exister un souterrain, puisque « nos vieux le disaient », et que
    2. l’accès s‘y fît par un puits, on peut légitimement s’interroger sur le choix du puits : en effet, la partie militaire du château (le donjon, en particulier) se trouvait vers le promontoire (aujourd’hui propriété de "Zuzu" J.). Celui qui aurait voulu fuir le château serait parti de là, et le seul puits existant encore dans ce secteur se trouve, effectivement, sur la gauche, lorsqu’on accède au Haut-Bourg, en utilisant le chemin dit « de la rampe de fer », à l’entrée cette propriété. Faudra-t-il aussi vider ce puits, et y descendre pour en avoir le cœur net ? [photo de droite : la rampe de fer telle qu'elle était en 2000, avant travaux de réhabilitation]

Nous pensons, pour notre part, que les informations transmises de bouche à oreille, même si elles déforment les messages, ne doivent pas être considérées trop vite comme farfelues. L’existence d’un prieuré (fondé en 1069, par Hedwige de Namur, donc, semble-t-il (d'après Gérard GIULIATO) à la même époque que le château) juste à côté de l’emplacement de l’actuelle église justifiait le projet d’une fuite par ce lieu, relativement respecté à cette époque. (Il ne faut rien exagérer : à cette époque, précisément, on capturait et rançonnait allègrement même les hommes d’église...)


A l'époque romaine, il a très probablement existé :
- un camp fortifié, sur le promontoire situé à l’est du Haut-Bourg, là où fut construit plus tard le donjon, et aussi
- un temple païen dédié à quelque divinité du panthéon romain, sur l'emplacement duquel allait être édifiée plus tard l’ancienne église romane de Châtenois, elle-même détruite (sans aucun égard pour son caractère historique !) en 1843 pour faire place à l’actuelle bâtisse.

Lorsqu’on regarde la carte, il existe indiscutablement une sorte de « ligne de crête », joignant ces deux emplacements : les romains, gens pratiques, devaient se rendre logiquement d’un point à un autre par le plus court chemin, à savoir cette ligne située en hauteur. La mémoire collective a-t-elle pu conserver la trace d’un tel passage ? C’est à coup sûr... peu probable ; quant à y avoir creusé un souterrain, les romains, constructeurs certes habiles, n’en auraient pas fait autant pour un simple camp fortifié. Mais après eux ?
Les historiens des forteresses médiévales considèrent ces questions de souterrain avec beaucoup de circonspection : sans nier l’existence de « lacis plus ou moins complexes de souterrains » (Jean MESQUI, « Châteaux forts et fortifications en France », p.98 à l’article « Caves »), ces auteurs ne croient pas à des communications entre bâtiments, ni à de tels moyens de fuite en cas de siège. Comme les fameuses "oubliettes", cela fait partie du folklore des châteaux forts...

Pourtant...

Un autre témoignage fort curieux est celui de M. Marcel M., habitant autrefois à l’emplacement de la maison Fortuna (aujourd’hui disparue, reconstruite par le dit M., et habitée d'autres personnes) : alors qu’il posait des poteaux pour clôturer le verger qu’il possède toujours, sous le château d’eau, sur le versant sud, le long du « chemin Larron », il rencontra une résistance... qu’il vainquit en l’extrayant : c’était une superbe pierre plate, servant de « couverte » à un conduit rectangulaire, de grand axe vertical, « dans lequel un homme accroupi aurait pu cheminer, sauf l’odeur », et qui montait vers... le château.
Il n’a rien entrepris de plus, rien exploré (on le comprend... il ne tenait pas à ouvrir une tranchée de cinquante mètres dans son verger !), mais lorsqu’il a rapporté cette affaire, il a évoqué aussi la correspondance d’un parent de la famille, autrefois entré dans les ordres (un certain Lucot ?) ; celui-ci avait observé, dans ce même verger, une zone où aucun arbre fruitier ne poussait : cette zone (sorte de faux-plat, qui se trouve au bas de l’actuelle butte de la station de pompage appartenant à la compagnie des Eaux) lui faisait faire l’hypothèse d’une salle souterraine, à cet endroit. Le conduit de pierre montait justement dans la direction de cette hypothétique salle...

Après un échange de courrier électronique avec mon ami Edgard B., dont la famille est originaire de la Charente Maritime, j’ai reçu de lui ce texte, qui conforte mon point de vue :

 

Je te signale qu'à Laleu, où j'ai passé une partie de mon enfance, il y avait un souterrain de ce type qui passait sous mon jardin. Il était bien commode: en l'absence de "tout à l'égout", on perçait un trou d'un mètre de profondeur à un endroit bien précis avec une barre à mine, et on pouvait y vider lessiveuses et écoulements diluviens en surplus, ça rentrait là-dedans comme dans un gouffre!
Lors de travaux avec mon père, nous avions aussi trouvé une belle dalle de calcaire un peu plus loin, qui devait bien peser son quintal, et qui sonnait le creux en dessous.
Là encore, des traditions orales parlaient d'un souterrain qui allait du château de Richelieu (en fait bien plus vieux) à 300 m de chez moi, jusqu'à l'église gothique (détruite en partie par des bombardements... américains sur le port de La Pallice, qui ne tentaient même pas à l'époque de faire des frappes chirurgicales: c'était tout de suite l'amputation!!!) , à 300 m dans l'autre sens.
Je n'en sais pas plus, mais j'ai l'impression que ce genre de choses était plus fréquent qu'on ne le dit. Si on n'en retrouve pas trace écrite, c'est probablement que les gens qui en avaient l'usage (puis l'ont perdu) n'avaient pas intérêt à ce que tout le monde le sache, et moins il y a de traces, mieux ça vaut, dans ce cas-là!

Paris, mars 2002

Voici un plan schématique des lieux :

1. Emplacement de la forteresse "militaire". 2. Eglise 3. Tracé supposé du souterrain


Fêtes de quartier au Vieux-Bourg

Cela méritait une page spéciale... car c'est de l'histoire récente !


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